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Joie, bonheur des questions des enfants. Ca croit encore au Père Noël (même si on a amorcé un début de démystification en avouant que les cloches avec le chocolat à Pâques, c'est les parents, en vrai), ça n'a pas encore perdu ses dents de lait (et c'est le drame), mais ça s'interroge sur la mort. Sujet cool, quoi.
Moi, prise au dépourvu par une question... qui tue.
Redoutable, cette question qui me tombe sur le coin du museau après le bain, ce moment si doux rien qu'à nous, celui où on se fait un câlin tous les soirs, entre la serviette éponge et le pyjama. Le petit deuxième gigotte dans mon ventre pendant que je serre fort contre moi ma déjà grande Doucette, avec ses 6 ans et quelques pétales, qui redevient toute petite. Un joli moment de vie et de tendresse, et puis... :
- Maman, c'est quand que tu seras morte ?
-... bah, heu... pffff... hum...
(réagir, fissa, parce que j'ai encore entendu sur France Inter qu'il faut répondre vite et bien aux questions des enfants. Merci madame la pédo-psy, je devrai écouter Skyrock. Ca serait pourri mais au moins j'aurais moins la pression en tant que mère modèle.)
-... heu... quand je serai vieille ? Trèèèès vieille.
- Mais c'est dans longtemps ?
- Oui ! Tiens, à quel âge on est vieux d'après toi ?
- 40 ans !
(...et merde, mauvaise question, j'ai plus que 4 ans environ !)
- Ha non, c'est jeune ça ! Mais ça veut dire quoi pour toi être mort ?
- Bein ça veut dire qu'on est au ciel.
(Que celui ou celle qui a balancé cette histoire de ciel dans la tête de ma Doucette se dénonce !)
- ... mouiiii...
(Là, j'avoue, je sèche, et je sens bien que je suis embarquée dans une conversation pas facile-facile d'où je ne suis pas sûre de me sortir avec la couronne de super mother.)
- Mais, quand on est mort, on peut aller voir le docteur et y nous soigne et après on n'est plus mort, hein ?
- Heu... non, pas vraiment. Le docteur soigne quand on est malade, plutôt.
- Mais pas quand on est mort ?
- Non.
- Mais alors ça veut dire qu'on se réveille plus jamais ?
(Arrrghhh... je sens physiquement ses petits yeux qui piquent, la révélation est rude, elle me regarde avec ses billes incroyablement bleues et je sais qu'elle attend que je dise un truc rassurant... )
- C'est ça. Mais, tu sais, c'est normal, ça fait partie de la vie.
(Je sombre, là, non ? Mais que lui dire ?)
- Mais moi je veux pas que tu sois morte !
- Mais moi non plus !
- Ca veut dire que tu seras jamais morte ?
(Je crois qu'il n'est pas utile que je décrive à quel point mon coeur s'est serré, là...)
- Si, peut-être un jour, mais c'est pour dans très très longtemps,et avant...
- Quand ?
- Je ne sais pas, c'est dans tellement longtemps longtemps qu'on ne peut pas savoir... et avant, il va se passer plein plein de trucs super bien. Tu mets ton pyjama ?
Voilà, c'est comme ça qu'on se retrouve à parler de la mort à son enfant, bien entendu au moment où on s'y attend le moins, sinon c'est pas rigolo.
Alors elle enfile son pyj' pendant que je me remets (pas trop) de la conversation, au cours de laquelle j'ai mis un point d'honneur à ne jamais cesser de sourire, en me disant que c'est un peu paradoxal comme question de départ quand on "porte la vie", comme on dit. Et tout ça, quand...
- Maman ! je sais ce que je veux faire comme métier !!!
- Ha bon ? Génial ! Alors ?
- M'occuper des licornes !
Bon, j'avoue, j'ai pas eu le coeur de lui dire que les licornes ça n'existe pas. Elle a eu assez de dures révélations comme ça pour la journée.
C'est vous qui le dites !